Trois semaines

Le 7 avril 2020.

Trois semaines aujourd’hui. Trois semaines de confinement.

Nonobstant les contraintes, nonobstant l’inquiétude pour mes proches, mes amis et compagnons de route, nonobstant les incertitudes sur le monde à venir, nonobstant les engagements à respecter, nonobstant le soin à prendre de ceux qui souffrent, j’ai goûté ce temps.

Parce que le temps est bien une notion essentielle : issue du latin écclésiastique septimana, la semaine représente cette période de sept jours qui règle le déroulement de la vie religieuse, ensuite professionnelle et sociale. Elle règle le temps, parce qu’elle est rythmée d’habitudes, d’obligations, de traditions, de plaisirs et d’ennuis, de hauts et de bas, d’agitation et de calme… Et en ce temps de confinement où la semaine pourrait très bien compter quatre jeudis, nous touchons paradoxalement aux confins du temps : tout est lissé, plus de jours avec ou de jours sans, plus question d’en perdre ou d’en gagner. Alors que tant de nos concitoyens sont dans l’urgence, des soins, des traitements, de l’organisation, pour nous confinés il convient au contraire de prendre le temps.

Mes journées sont entrecoupées d’échanges téléphoniques, de vidéo-conférences, de lectures et rédactions de notes, de traitement des messageries, de préparation et de transmission de cours à mes élèves et de corrections diverses, d'appels à nos aînés... Pour autant, en ce qui me concerne, demain est toujours le jour le plus chargé de la semaine. Sans pour autant procrastiner, je demeure libre de chercher midi à quatorze heures ou d’attendre cent sept ans. A la bonne heure ! Je n’ai plus vécu cela depuis belle lurette et j’en ressens comme une liberté oubliée dans cette contrainte qui nous est légitimement imposée.

Le temps n’est plus de l’argent, mais je n’éprouve pas pour autant le besoin de le tuer. Suivant en cela le conseil d’Albert Jacquard, plus je sens le besoin d'agir, plus je m’efforce à la réflexion. Et lorsque je suis tenté par le confort de la méditation, je me lance dans l'action. Aidé en cela par un genou rétif, je me pose, lis, relis, replonge dans des projets d’écriture entamés quinze ans plus tôt…

Et en cette Semaine peneuse, comme il est « impossible de bien réfléchir, de bien aimer, de bien dormir si on n’a pas mangé » (Virginia Woolf), je cuisine et je mange… et je goûte chaque jour.

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Rouge printemps

Le 20 mars 2021.

Dans le prolongement de mon précédent billet, j’ai franchi le cap : ma belle Anglaise et moi nous sommes trouvés. Elle dort chez moi depuis quarante-huit heures. D’un rouge éclatant, ornée de chromes rutilants, dotée de tous les équipements, elle m’emmène désormais en balade, elle et moi vibrant de son gros bicylindre coupleux et sonore.

En ce premier jour du printemps, j’ai la banane, selon l’expression désormais consacrée par l’usage. Comme à chaque fois que je l’enfourche et que je roule, ne serait-ce que quelques kilomètres, je souris béatement. Un gosse, quoi ! C’est un drôle de sentiment chez moi, si peu coutumier du lâcher-prise. Mais je goûte avec ces 250 kilos de métal le moment présent. Plus encore, de manière excessive, j’en conviens, j’éprouve un sentiment d’accomplissement.

Cela va au-delà d’un simple achat de véhicule, fût-ce une Triumph Speedmaster : il s’agit bien là d’une intense satisfaction, fondée sur une émotion double : celle que procure l’engin, bien sûr, mais aussi cette incrédulité. J’y crois pas : j’ai osé ! Pour la première fois en cinquante-sept ans, je me suis autorisé à céder à un caprice, à un achat inutile dans l’absolu, mon scooter suffisant bien à mon quotidien. Et cette audace m’emplit de fierté et de reconnaissance.

Un bien beau printemps, donc !

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