Je suis cas contact

Le 16 février 2021.

Je suis cas contact...

J’entre donc depuis quelques jours dans cette catégorie désormais fameuse de « cas contact ». Ma réaction, lorsque je l’appris, fut fataliste : « Fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre ! », remarque digne du Café du commerce, que Bacri n’aurait pas reniée.

En y repensant ce matin, dans l’attente du test qui m’autorisera – ou non – à reprendre mes activités sous leur forme habituelle, je m’interroge sur le sens du mot contact. Spontanément me vient le lien avec le toucher (tact/tactile), confirmé par mon Robert historique : cum-tangere (tangible), donnant par dérivation contactus et contagio, désigne à la fois le toucher en général et le toucher infectieux en particulier. La langue française est décidément formidable !

Je mesure alors un paradoxe fondamental et quasi-oxymorique :

je suis cas contact, alors même que j’ai bien pris garde à ne toucher personne. Je suis donc contagieux sans contact : sans point de contact, point de contact ; pourtant, sans point de contact, je suis potentiellement contaminé quand même ! Notons au passage que « contaminé » se dit de celui qui est souillé par contact, du latin tamen (contact impur) issu du tangere ci-dessus.

Je suis donc contaminable, mot qui, malgré les apparences, n’a aucun lien étymologique avec le « minable » anciennement synonyme de « miné » qui signifie originellement « usé par la maladie ». Je me réjouis donc de n’être pas, jusqu’au test qui démontrera peut-être le contraire, un con taminé. N’étant pas en mesure à cet instant de le prouver, l’on me pardonnera ici mon manque de tact, dont le sens initial est la « faculté de juger rapidement sur de faibles indices ».

Je m’éblouis devant tant d’intelligence. Non seulement la mienne (!...), mais aussi celle de l’Homme, capable de produire et développer de tels outils d’expression et de compréhension. Desproges, encore une fois, était dans le vrai : « L’intelligence, c’est le seul outil qui permet à l’homme de mesurer son malheur. »

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Rouge printemps

Le 20 mars 2021.

Dans le prolongement de mon précédent billet, j’ai franchi le cap : ma belle Anglaise et moi nous sommes trouvés. Elle dort chez moi depuis quarante-huit heures. D’un rouge éclatant, ornée de chromes rutilants, dotée de tous les équipements, elle m’emmène désormais en balade, elle et moi vibrant de son gros bicylindre coupleux et sonore.

En ce premier jour du printemps, j’ai la banane, selon l’expression désormais consacrée par l’usage. Comme à chaque fois que je l’enfourche et que je roule, ne serait-ce que quelques kilomètres, je souris béatement. Un gosse, quoi ! C’est un drôle de sentiment chez moi, si peu coutumier du lâcher-prise. Mais je goûte avec ces 250 kilos de métal le moment présent. Plus encore, de manière excessive, j’en conviens, j’éprouve un sentiment d’accomplissement.

Cela va au-delà d’un simple achat de véhicule, fût-ce une Triumph Speedmaster : il s’agit bien là d’une intense satisfaction, fondée sur une émotion double : celle que procure l’engin, bien sûr, mais aussi cette incrédulité. J’y crois pas : j’ai osé ! Pour la première fois en cinquante-sept ans, je me suis autorisé à céder à un caprice, à un achat inutile dans l’absolu, mon scooter suffisant bien à mon quotidien. Et cette audace m’emplit de fierté et de reconnaissance.

Un bien beau printemps, donc !

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