Semis et création

Le 16 mars 2019.

Ce matin, séminaire potager : Claire œuvre à éclaircir ses semis. Ce seront donc les clairs semis clairsemés de Claire. En ce Printemps des poètes dédié à la Beauté, je laisse mon naturel rêveur s’émerveiller devant cet acte de création qu’est le simple - mais auguste – geste du semeur et, pris d’une curiosité soudaine, me précipite tel un séminariste vers mon cher Robert, dans sa version Dictionnaire historique de la langue française, tome II, direction « Semer », dont je découvre l’origine : c’est le verbe « serer » qui a produit par dérivation « seminare », la racine « semen, -inis » y étant donc insérée.

Le sens premier était évidemment « faire croître », puis « faire naître » au propre et au figuré. Mon esprit sémillant (de l’ancien français « saimme » issu de la même « semen ») a immédiatement perçu que cette observation n’était pas que semence, c’est-à-dire chose peu négligeable (1573) : en effet, croître/crescere et créer/creare étant issus de la même racine, ils font de l’ensemenceur » – ou de la semeuse en la circonstance - un démiurge.

A ce stade de mon propos, j’espère ne pas vous avoir semés mais, bien au contraire, avoir disséminé quelques graines de réflexion philosophique en ce temps des semailles, c’est-à-dire en cette saison (du latin « satio » dérivé du même « serere »). Certain de ne pas semer en terre ingrate, je vous livre même la définition que les Stoïciens donnaient de la « Raison séminale du monde » : c’est la  raison de la loi régulière suivant laquelle le vivant se développera, lorsqu’il rencontrera les circonstances favorables, concept qui suppose une théorie de la semence comme réceptacle des « raisons séminales » déposées par les ascendants. Celles-ci se définissent ainsi comme indestructibles et immortelles et elles assurent l’identité du monde à travers ses renouvellements cycliques.

Non, mais des fois tu te demandes ! A partir de quelques graines de cougourdes et de tomates tirées de leur néant, l’on mesurerait donc le produit immédiat de l’acte créateur, le fondement de la consistance du monde, posé par Dieu à l’origine des Temps, au Temps premier, au Primus tempus, au printemps, donc !

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Rouge printemps

Le 20 mars 2021.

Dans le prolongement de mon précédent billet, j’ai franchi le cap : ma belle Anglaise et moi nous sommes trouvés. Elle dort chez moi depuis quarante-huit heures. D’un rouge éclatant, ornée de chromes rutilants, dotée de tous les équipements, elle m’emmène désormais en balade, elle et moi vibrant de son gros bicylindre coupleux et sonore.

En ce premier jour du printemps, j’ai la banane, selon l’expression désormais consacrée par l’usage. Comme à chaque fois que je l’enfourche et que je roule, ne serait-ce que quelques kilomètres, je souris béatement. Un gosse, quoi ! C’est un drôle de sentiment chez moi, si peu coutumier du lâcher-prise. Mais je goûte avec ces 250 kilos de métal le moment présent. Plus encore, de manière excessive, j’en conviens, j’éprouve un sentiment d’accomplissement.

Cela va au-delà d’un simple achat de véhicule, fût-ce une Triumph Speedmaster : il s’agit bien là d’une intense satisfaction, fondée sur une émotion double : celle que procure l’engin, bien sûr, mais aussi cette incrédulité. J’y crois pas : j’ai osé ! Pour la première fois en cinquante-sept ans, je me suis autorisé à céder à un caprice, à un achat inutile dans l’absolu, mon scooter suffisant bien à mon quotidien. Et cette audace m’emplit de fierté et de reconnaissance.

Un bien beau printemps, donc !

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